lundi 11 mars 2013

The Shelters, accords rock sur les rails

bon, ce post aurait pu être sous-titré "du rock d'Agen qui vous va bien" mais je n'ai pas osé...

[MUSIQUE] La première fois qu’on a vu The Shelters, c’était à la Flèche d’Or et on a eu un peu peur, pour une raison totalement dénuée de bon sens musical : Léo (le chanteur), on peut parler de cette chemise à fleurs ? Regards mitraillette des alliés du groupe à côté de qui on a eu la bonne idée de se placer. Et qui ont entendu mon scandaleux chuchotement. Une chanson plus tard, Léo, à l’aise, sympa, souriant, explique qu’ils viennent d’Agen et que c’est le premier concert parisien du groupe.


Les Shelters se sont fait connaître grâce au tremplin Ricard S.A Live dont ils sont arrivés deuxième. Une exposition qui leur vaut, en novembre dernier, de se retrouver en première partie de Pendentif et Jil is Lucky à la Flèche d’Or. Et d’envoyer une musique furieusement rock, aux arrangements et mélodies soignés. Le public est conquis, Paris gagnée. « On était plus rock que les groupes qui suivaient, mais les gens ont pris leur pied; On a fini sur un truc super patate. J’ai eu beaucoup de retours positifs. Notre musique plaît à des gens qui aiment la pop ! » analyse Léo.


Ce soir-là, rendez-vous est pris pour le 11 févier à l’International…

Ils ont pris le TGV en provenance d’Agen la veille, ont joué dans le wagon-bar en acoustique pour payer l’aller-retour  -- parce que oui la SNCF programme quelques concerts dans ses ID TGV) et les voici rue Moret. Il est encore tôt, le bar est calme. Léo et Michael « Micky », un des guitaristes, arrivent, sans stress apparent. Contents de refaire une date parisienne. Evoquent avec plaisir leur groupe avant que les pizzas du dîner ne soient servies dans les loges. Et ça commence comme l’histoire d’une bande de potes collégiens qui se décident à faire de la musique l’année de leur Brevet.

« C’est assez marrant parce qu’on vient de nulle part, sourit Leo. A part Lucas (le batteur) qui a fait du conservatoire. Et Julien (guitariste) avait pris des cours au Florida (salle de musiques actuelles d’Agen). Micky, toi ?
-Moi je joue depuis l’âge de quatre ans, un peu de tout. » Léo l’interrompt : « Ce mec il faisait des bandas ! » Michael a rejoint le groupe deux ans après sa formation : « On lui a demandé de jouer de la guitare, reprend Léo. Il ne savait pas en jouer, il avait une semaine ou deux de guitare. Il a appris les morceaux en sept jours, on avait la Fête de la musique. »

Le groupe a mué, changé de nom et choisi Shelters « en rapport à la chanson de Fatboy Slim "Song for shelter" qui prend pas mal aux tripes » ; Fred, le bassiste, plus âgé, s’est greffé au groupe quand les choses sont devenues sérieuses…  Tout le monde écrit, compose, propose des morceaux. Entre les agendas des uns, les études des autres (Lucas, le batteur, est étudiant à Nantes alors que les autres sont restés à Agen), ils ont pour l’heure rôdé de quoi tenir plus de 50 minutes sur scène. « Et les chansons on les a pensées, on s’est engueulés dessus, on est perfectionnistes ! » souligne Michaël.


Les trois autres membres du groupe nous rejoignent. Racontent qu’ils ont croisé de vagues connaissances. Attrapent la discussion en cours de route, répondent en même temps, digressent parfois, se vannent. « Ca s’accélère pour nous, surtout en interne, reprend Léo. Il va y avoir un enregistrement. On a eu des contacts avec des labels, même si c’est assez informel. Les gens sont intéressés par notre projet, ça se ressent sur les dates. » 

Des concerts en Rhône-Alpes et en Aquitaine se dessinent, dont un le 6 juillet lors d’un festival à Bordeaux. « On est sur une marche, ajoute Léo. On pourrait être un groupe de lycéens qui joue  à droite à gauche, là on parle d’enregistrement, de concerts à Paris… Je pense que si quelqu’un ne voulait pas continuer le projet, il l’aurait dit avant. Là on est tous engagés, on est tous dedans. » 

A les voir complices sur la scène de l’International quelques heures plus tard, à conquérir le public de leur rock réjouissant, on n’en douterait pas une seule seconde.
 
Pour suivre The Shelters, voir leur page facebook. Prochain concert à Paris le 19 avril à l'OPA Bastille.




[Crédit vidéo D.R et photos: L.D]

jeudi 28 février 2013

Obsessions sonores



[J’AI CA EN TETE ET CA NE PART PAS - BIS]

*en boucle...
Junip - "Line of fire"





*Dans la famille « voix caverneuses », je reprendrais bien un peu de Narrow Terence, surtout suite à leur très beau concert à l’église Saint-Eustache (mais j’étais trop loin pour les photos, hein).
Narrow Terence - "Dinner"


Et du Nick Cave and The Bad Seeds. Là, "Push the Sky away", qui donne son titre à l’album.  

Ou « Jubilee Street »:


*Dans la famille "vus et approuvés sur scène", les petits jeunes d’Exsonvaldes avec "Lali" (la photo en début de post, c'est eux!). Leur prochain album, Lights, sort le 18 mars.


Et même s’ils ne sont pas encore tout à fait géniaux sur scène de mon point de vue, mais que leur album est carrément chouette : Alt-J et "Breezeblocks



Et tout de même… 
*dans la famille « gym suédoise » (cours à majorité de filles, en cercle, sur une playlist TONIQUE choisie par un professeur ENJOUE qui montre des mouvements de cardio et abdos, pour résumer) ; correspond aussi généralement le moment de la semaine où je révise toutes les musiques « in » qui passent sur les chaînes musicales : 
Macklemore – "Thrift Shop feat. Wanz" (fonctionne aussi très bien quand il faut écrire en urgence le document entre 5 et 8 pages à rendre pour la réunion qui se tient deux heures plus tard).



[photos: Lili D.]

mercredi 27 février 2013

La Vie Parisienne

[CINEMA] Vous ne vous êtes jamais arrêtés dans un square à regarder « les autres », jeunes couples qui surveillent leur premier enfant sur le toboggan, adolescents qui se pressent en se bousculant, personnes âgées qui discutent sur un banc, et à leur imaginer une vie ? Vous n’avez jamais regardé par la fenêtre les voisins du bâtiment d'en face, tout près, dont l’absence de rideau permet de saisir quelques bribes de vie quotidienne ? (et bien moi si, et je consignais tout dans des petits carnets oranges, ce parce que j’avais beaucoup aimé Harriet L’Espionne de Louise Fitzhugh)

Dans le court-métrage La Vie Parisienne, il y a un square comme il y en a plusieurs dans Paris, au milieu du boulevard, quelques arbres séparant les promeneurs de la circulation. Il y a ce couple qui joue au ping-pong. Tous les mercredis et parfois le samedi. On a l’impression que Vincent Dietschy passait par là, les a regardés et en a réalisé un court-métrage qui les raconterait : La Vie Parisienne, nommé aux Césars dans la catégorie Meilleur Court-Métrage. Marion et Pierre sont beaux, ils sont professeurs, ils sont amoureux, ils sont de gauche… « J’avais envie de travailler avec Milo [McMullen, actrice et chanteuse, un faux air de Liv Tyler en moins ingénue] et de faire quelque chose autour de la conjugalité » dit le réalisateur et scénariste. Passé par l’IDHEC (ex-Fémis), Vincent Dietschy a déjà réalisé des long-métrages dont Didine, avec Géraldine Pailhas, Christopher Thomson et Benjamin Biolay (2007) et travaillé avant cela avec entre autres Laurent Cantet et Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ?, 2003).



Dans la routine de Marion et Pierre (interprété par Serge Bozon) surgit Rémi, amoureux d’enfance de Marion. Excentrique et libre, Rémi s’incruste dans la vie du couple en proposant là une soirée chic dans un palace, là de dormir à trois – sinon lui-même dort parfois sur les bancs des squares – et accepte ici un duel au ping-pong. Pierre est agacé, Marion est troublée. « L’acteur qui joue Rémy [Esteban, ndr] est tellement original, avec sa voix si particulière, sa façon même de parler, qu’il en devient dérangeant mais dans le même temps, il nous accroche, » souligne Vincent Dietschy.

C’est ce jeu à trois, à la fois futile et citadin, que raconte Vincent Dietschy dans une esthétique qui rappelle la Nouvelle Vague, Christophe Honoré (qui appellent eux un univers finalement assez « parisien »), dans le jeu des acteurs et leur phrasé, dans le découpage en chapitres. C’est aussi coloré et pop : aux images poétiques de Marion sous la neige succède un jubilatoire passage chanté (et chorégraphié) en allemand où une tentative de baiser se trouve démultipliée par les ajouts successifs de différentes prises.

La parenthèse intrusive dans la vie parisienne de Marion, Pierre et Rémi se referme après une quarantaine de minutes ; en ce moment, Vincent Dietschy travaille sur près de sept projets à la fois, parmi lesquels un qui lui donnerait la possibilité de donner une suite à ce trio.

Pourquoi ce titre, "La Vie Parisienne"? Vincent Dietschy : « Parce que dans le long métrage à venir, dont le court est extrait, la jeune femme, Marion, vit au début en grande banlieue, à Melun, et emménage chez son compagnon, qui habite à Paris. Parce qu'il y a une opérette d'Offenbach qui s'appelle "La vie parisienne" , qui n’est pas sans rapport avec mon film, et que j'aime bien Offenbach. Parce qu'il y a une revue de petites annonce cul et échangistes, qui existe depuis des dizaines et des dizaines d'années, et qui s'appelle "La vie parisienne". Parce que dans le film, grâce au dispositif léger que j'ai choisi, la vie parisienne éclate partout, dans les coins et les recoins, à chaque plan, et que pour moi, c'est aussi ça le spectacle du film, celui de la vie parisienne, la vie de ces gens qui s'agitent et marchent d'un pas pressé ou se posent dans un café. J'ai remarqué que dans d'autres grandes villes françaises, comme par exemple Lyon, le rythme, le "flow" des gens est beaucoup plus lent. Je suis sûr qu'on peut reconnaître la terrasse d'un café parisien à la terrasse d'un café lyonnais à la rapidité des gestes qu'on les serveurs, les clients. »


La Vie Parisienne, réalisé par Vincent Dietschy, 2011, 36 mn, avec Milo McMullen, Serge Bozon, Esteban, Mona Walravens. Produit par Sombrero Films. Le film a notamment reçu le prix Jean Vigo 2012.



*Thoughts on parisian style…

C’est le slalom entre les gens toujours trop lents dans les couloirs du métro (même le dimanche),

C’est le taxi à 2h30 heures du matin, et lui raconter combien les hommes de ce soir-là étaient relous , combien les hommes de notre vie nous ont déçues, combien notre sourire cache de névroses en tout genre.

C’est acheter son croissant à 6 heures du matin en rentrant avec les premiers métros et en prendre un deuxième pour le colocataire. Et en compter les calories.

C’est payer tout trop cher, râler, et recommencer.

C’est refaire le monde jusqu’à trois heures du matin, avec une tisane ou un verre de vin, et fumer à la fenêtre,

C’est le zapping, les agendas qui se remplissent trop vite, la peur d’être seul, les trottoirs bondés de la rue de Rivoli, les répertoires à rallonge, le manque d’engagement, les retards sans excuse, les séances de ciné tardives, le réconfortant petit épicier toujours ouvert,  

C’est les sushis qui sauvent le dîner et le brunch qui réveille le dimanche,

C’est sortir, c’est danser, c’est parler fort, c’est se perdre en analyses foireuses et en blagues douteuses,

Ce sont les terrasses bondées, les talons qui claquent sur le pavé, les barbes mal rasées,

C’est partir au boulot avec des cernes qui racontent la soirée de la veille, et le teint gris qui cherche le soleil,

C’est son sourire qui nous attend à la station de métro.


[photo D.R et L.D]

mercredi 13 février 2013

*Pagan Poetry*, voyage musical à domicile


[MUSIQUE] Et si le temps de quelques chansons, on croyait aux mondes parallèles ? La voix chaude et puissante de Nathalie Réaux s’élève, le violon résonne. Puis ce sont les notes claires d’un instrument étrange, la kalimba – ou « piano à doigts » – qui tintent. La pop subtile de *Pagan Poetry*, aux accents lyriques ou contemporains, oscille entre la réalité et des mondes plus vastes… « This is bigger than what we see » chante l’auteur-compositeur interprète.  



A 34 ans, Nathalie Réaux a déjà collaboré avec de nombreux artistes, tels Syd Matters, Nosfell et Claire Diterzi. Pagan Poetry est son projet personnel. Une première date à la Loge (Paris, 11ème) en juin révélait l’univers teinté de mystique du groupe. Alors qu’un EP est en cours d’enregistrement, le groupe a choisi de faire de la scène… en privé : plusieurs concerts participatifs (en clair, le public est invité à payer un droit d'entrée dont il choisit le montant) sont prévus ce trimestre dans les salons (!) des personnes intéressées.

Un dimanche d’hiver, 16h, les invités arrivent. L’appartement est niché dans une rue du XVIIIème arrondissement parisien. L’hôte s’active, finit de dresser une table, de découper les gâteaux faits maison, de placer les chaises. Les musiciens de Pagan Poetry occupent le grand double salon, règlent micros et instruments, et ont fait de la chambre principale leur loge et le local technique.


Par la fenêtre, les toits de Paris prennent un ton bleuté tandis que le jour décline. Le thé est servi, les enfants viennent se poser sur les tapis, leurs aînés sur les chaises et canapés. Un écrin douillet et gourmand qui sied au voyage que propose Nathalie Réaux et trois des musiciens de Pagan Poetry – Johann Chauveau au piano et à la flûte, Marie Lesnik au violon, Chloé Girodon au violoncelle (ne manquait que Lucie Antunes la percussionniste).

Pagan Poetry... Le nom du groupe lui-même se teinte de mystères.  «Je tenais à cette idée de dimensions multiples, invisibles, de choses que l'on ne voit pas mais qui sont là» explique l’auteur.
Et qu'importe la référence au morceau du même nom de Bjork : «J’ai  longtemps hésité car c'est une sacrée référence mais je me suis décidée car ma musique me semble loin d'un simple copié-collé. » Les univers se croisent, Nathalie (s')en joue : elle reprend, avec grâce et malice, « Suspended in Gaffa » de Kate Bush. Mais parmi ses inspirations, elle cite plutôt la musique minimaliste de Philip Glass, ou encore Danny Elfman.

« The Unseen », « Wonderworld », les compositions s’enchaînent, de nouveaux instruments s’invitent : Johann Chauveau attrape la flûte à bec, Nathalie l’autoharp ou le ukulélé. La magie opère pendant une cinquantaine de minutes… Tout sourire, les musiciens en version intimiste – une quinzaine de personnes assistent au concert gourmand ce jour-là – transportent le public dans leur monde poétique.   
 


*Pagan Poetry* jouera à la péniche Excelsior (Allonnes, 72) en première partie d’An Pierlé le 15 mars prochain. News, infos sur les concerts gourmands, photos et vidéos sur le site officiel de *Pagan Poetry*

Crédits vidéo: *Pagan Poetry* et Nora Fadlaoui

vendredi 1 février 2013

J'ai ça en tête et ça ne part pas...

[MUSIQUE] Dans ma playlist ces jours-ci d'hiver tout gris :

Coup de coeur à écouter de toute urgence, le canadien Mark Berube (and the Patriotic Few) et sa folk indie, découvert à l'International le 23 janvier dernier - « Let Me Go » (extrait de l’album June in Siberia)
 

Et puis sinon:
-Le matin calme à l’heure de la revue de presse, quand l’openspace se réveille à peine, que les collègues ne sont pas encore tous arrivés – « The Waves » par Villagers (extrait de l’album Awayland


-Ou quand l'après-midi est longue et que la nuit tombe – « Ghost Meeting » de Narrow Terrence (extrait de leur album Violence with Benefits, qui sonne comme une B-O de film)
http://www.deezer.com/track/63473341

-Et valeur sûre pour s’extraire du monde, les Foals : pas encore convaincue par leur nouvel album, je me repasse en boucle leur Total Life Forever -- et en ce moment, c'est particulièrement "After Glow" que j'ai en tête.




[AVANT-PROPOS ou AUTOBIOGRAPHIE MUSICALE] Vous ai-je déjà parlé de mon black out musical ? Il s’agit de la période de ma vie où j’ai décidé que j’étais nulle en musique, que ce n’était pas mon truc et merci de me foutre la paix avec ça. Correspond  également au moment où j’ai jeté toutes les petites chansons écrites en vue d’une comédie musicale qui ferait mon succès.
 
La cause ? Un prof de musique qui, non content de me mettre systématiquement une note en dessous de celle de ma voisine de classe, de ne pas retenir mon prénom en quatre ans de collège et de nous faire des interros surprises de flûte à bec (oui un concept sonore intéressant l’interro-surprise de flûte à bec) se doublait d’un insupportable démagogue lunatique qui passait du rire aux remarques vachardes (quand ce n’était pas des remontrances humiliantes) en moins de temps qu’il n’en faut pour jouer deux blanches et deux noires. Quatre ans pendant lesquels le cours de musique était aussi insupportable que le cours de javelot (les profs d’EPS aussi sont plein de ressources).

Pendant ces années, je me souviens avoir appris à chanter du Goldman et à jouer un morceau qui s’intitulait Chinatown (« si la la si, la sol la si la sol mi, mi mi sol, mi mi sol, la si do ré, si do rééé »), mais absolument pas à reconnaître le son d’un instrument ou une période musicale. J’ai alors préféré opter pour un rejet total et unilatéral de la chose musicale, au prix de grosses lacunes (i.e : « rappelle moi comment on reconnaît une basse d’une guitare ? ») ; j’ai longtemps éludé toute conversation musicale en bottant en touche d’un « je suis désolée, j’y connais rien. »

Heureusement j’ai eu quelques amis patients –  « Qui c’est qui chante déjà ? – M’enfin, Bowie, fais un effort !! » – je n’ai jamais arrêté la danse, je continuais à gribouiller des textes qui rimaient vaguement, et plus tard, apprendre à danser le tango m’a obligée à pratiquer l’écoute sélective : là c’est le bandonéon, là c’est du piano, etc. Dans le même temps, je continuais de beaucoup lire la presse musicale, d’écouter un peu ci un peu ça parce qu’on me l’avait conseillé, puis directement ci et complètement ça par curiosité puis trois fois trop ci et en boucle tout ça par mono-maniaquerie.
J’ai enfin décidé, officiellement, de rompre mon black out musical. Et je vais même me mettre à la guitare pour entériner cette nouvelle ère.

Post dédicacé notamment à mélissa, agathe, charlotte,  les patient(e)s guitariste(s) plus ou moins du dimanche grâce à qui je ne suis pas restée bloquée aux références musicales de mon père et Monsieur L., professeur de musique, sans rancune.

mercredi 23 janvier 2013

Parlez-moi d'amour

[THEATRE] ll y a de ces titres qui font peur et de ces troupes qui rassurent : genre « Roméo et Juliette » (le classique dont on craint le classicisme) ; par la compagnie Los Figaros dans une mise en scène d’Alexis Michalik (si ce n’est pas déjà fait, retournez l’internet pour trouver des dates et des places pour leur Porteur d’Histoire, succès du Off d’Avignon cette année). 

Roméo & Juliette on connaît tous, c’est beau, c’est tragique, c’est l’amour à la mort, les Montaigu contre les Capulet, c’est Leonardo Di Caprio dans la version de Baz Lurhmann, c’est la chanson du troubadour dans la version de Franco Zeffirelli (si si allez, cliquez là, vous allez voir que vous la reconnaîtrez et l’aurez en tête toute la journée). En théorie donc, "Roméo et Juliette" au théâtre un dimanche soir enneigé, c’est quitte ou double, selon que vous êtes déprimé, romantique, stressé du lundi matin, mélancolique de votre amoureux(se) reparti par le train de la fin d’après-midi ou totalement blasé du sexe opposé suite à vos rencontres de la veille en soirée arrosée.
En théorie seulement. Cette fois, n’hésitez pas, peu importe l’humeur, prenez rendez-vous au Théâtre des Béliers Parisiens, dans le XVIIIème (métro Jules Joffrin) et laissez-vous faire. Ils sont trois. Deux garçons, une fille. Ils sont trois à vous attendre sur scène lorsque vous entrez dans la petite salle : trois comédiens qui joueront plus d’une vingtaine de personnages à eux seuls. Dans un décor épuré fait de porte-manteaux mobiles transformables, surgissent tour à tour un père Montaigu maffioso, un Tybalt des banlieues ou une Juliette en tutu rose. Vérone se pare d’anachronismes mais sous la légèreté, les plus beaux passages du texte de Shakespeare éclatent. La rencontre entre Juliette et Roméo, dans les brumes d’une lumière rouge, est tout en poésie précieuse, à l’image, peu après, de la scène du balcon qui révèlent les sensibles amoureux.


Les habiles comédiens nous transportent d’un personnage à l’autre dans des jeux de dialogue et de costumes parfaitement ciselés et réglés. D’une Juliette touchante, Anna Mihalcena passe en quelques instants à un Mercutio goguenard et grivois. Charles Delaure (ou Alexis Michalik en alternance) en Roméo devient en quelques minutes une Madame Capulet haute en couleurs, et Régis Vallée prend successivement les atours de la nounou de Juliette ou du Père confesseur de Vérone…
On rit, beaucoup. Ca chante même, un peu ! Et toujours pourtant, l’émotion affleure quand la tragédie surgit. Il n’y aura pas de happy end.
Qu’on se le dise, le metteur en scène Alexis Michalik est agaçant de talent. Comme dans Le Porteur d’Histoire, il nous emmène dans un voyage théâtral d’une grande finesse, qui traverse les époques avec fluidité et nous emporte avec jubilation. Ne passez pas à côté !
Quelques extraits ici (mais c'est encore mieux en live).

Les dimanches à 20h15 à partir du 6 janvier 2013 au Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure, 75018 Paris. http://www.theatredesbeliersparisiens.com/romeo-juliette/ 

(Crédit Photo: D.R)

jeudi 17 janvier 2013

Carnet de route [carte postale]


Madagascar. L’île rouge qui restera toujours pour moi associée à cette couverture du magazine Cousteau Junior avec un lémurien en gros plan qui regarde le lecteur. L’article en pages intérieures évoquait le nom si exotique d’Antananarivo et promettait de rencontrer des maki-kata ; j’avais 9 ans et je rêvais…
Juillet 2012, nord de Madagascar. A Diego-Suarez, il pleut. On prend un taxi, ma sœur So négocie le prix pour Ramena et c’est parti pour 40 mn de route le long d’une baie magnifique, à éviter les trous du bitume, en 4L jaune. Les taxis de Diego Suarez sont des 4L jaunes, c’est comme ça et puis c’est tout. A Ramena, un certain Frédéric prend nos sacs et nous conduit jusqu’à notre hôtel, l’Emeraude, et à notre petit bungalow en bord d’eau. À marée basse, l’eau doit être à dix pas du bungalow, contre cinq et demie à marée haute. Quand je dis bungalow, entendez plutôt case de luxe : un grand lit avec matelas qui s’enfonce et donne mal au dos, des toilettes et une douche à eau chaude ; sur le porche, un hamac. Coolos version grand luxe. Sauf quand il n’y a pas d’électricité, ce qui arrive quasi tous les soirs. Ramena, joli port de pêcheur sur la baie de Diego-Suarez, environ 4000 habitants selon le Routard, et tout le monde se connaît. Et tout le monde nous connaît du coup.
Il ne pleut plus. On pose nos affaires, Popina et JB, un expat’ de Lourdes, nous accueillent. Ont l’air sympa. JB (pour Jean-Bernard, pas Jean-Baptiste) nous propose d’accompagner ses gars en mer pour aller poser les filets de pêche. Wow cool, ok ! je réponds. JB dit (ou bien j’ai compris) que c’était l’affaire d’une petite demi-heure. Bon en fait…non. Mais nous voilà So et moi sur le bateau avec Reina, Mario et Franck, trois Malgaches tout rigolards de nous avoir. Seul Reina parle français, donc il baragouine quelques trucs avec ma sœur, qui elle, baragouine pas mal le malgache, mais celui des Hautes Terres. Qui n’est évidemment pas le même que celui de Diego (c’est con, je commençais à me rappeler comment dire « bonjour »).

Nous sommes sur le Canal du Mozambique. Direction la petite passe pour lancer les filets. Mario fait ça très sportivement, aidé de Franck, le plus jeune. Reina est à la manœuvre, au gouvernail puis au moteur. Évidemment ça tangue, évidemment j’ai un peu le mal de mer, mais voir avec quelle agilité Mario joue avec le filet puis monte pieds nus sur la coque, et enfin grimpe accrocher la voile au mât est impressionnant. Alors je ne prends pas trop de photos, j’essaie de ne pas trop penser au va-et-vient de l’embarcation et je regarde l’horizon. Mais ça tangue, vraiment. Mario a remis la voile. Je comprends que c’est pour faire des économies d’essence, le moteur on oublie. Mais le vent ne souffle pas dans le sens qui nous arrangerait. On n’avance pas, ou peu. Le temps s’arrête. J’ai mal au cœur.



Reina nous explique vaguement qu’ils vont faire le tour pour choper plus de vent, s’éloigner de la côte vers l’ouest pour mieux revenir par l’est en somme ou quelque chose comme ça je suis nulle en géo et il parlait en malgache. « Vous êtes pas pressées ? » Bah non, évidemment, mais moi j’ai le mal de mer, je vais peut-être être malade, je préviens. La nuit tombe, il fait beaucoup plus frais. Dans le noir complet, au large, avec trois Malgaches qui ne parlent pas français et le mal de mer : je ne suis pas complètement rassurée en fait. On rentre après 18h. « C’est le coup d’une demi-heure » : merci JB. J’ai les jambes qui flageolent, il était temps de retrouver le plancher des vaches des zébus.
La suite ? Négociations pour l’excursion à la mer d'Emeraude le lendemain, hésitations entre confier notre destin et mon mal de mer à un certain Ali ou à un Frédéric. Et crevettes avec calamars sauce coco préparés par notre hôte Popina.

(crédits photos: L. et So. D. Tous droits réservés)